Projet Seven Tiago – ÉTAT LIMITE 2020

6 juillet 2020

Le shooting ici a été fait en moins d’une heure car Steven était en pleine crise et il était difficile pour lui de continuer la séance. Il voulait que j’arrive à retranscrire sa maladie, qui s’appelle État Limite ou Borderline en Anglais, à travers ce reportage fait pour son E.P. Je devais réagir dans l’urgence en essayant de rester dans son thème. N’hésitez pas à me faire un retour sur les photos et voilà son témoignage écrit :

« Nous sommes le 3 juillet. Je n’ai pas dormi depuis le 1er je crois.

Vous voulez que je vous parle de mon mois de Juin? Et bien, je suis passé par les urgences de Mâcon, puis le pôle psychiatrie du dit hôpital. Des sales lézards. Le 1er soir, on me ligote les mains, les pieds, le torse. 10 jours. Je sors et le lendemain matin, parce que crise et SAMU , clinique du Val Dracy. 5 jours je crois. Des lézards un peu plus propres. Je sors, avec mes 12 pilules quotidiennes, dont 800mg de Kétiapine ( camisole chimique) à me mettre dans le gosier tous les soirs + une dose folle de serestat + une monstrueuse dose de loxapac. L’effet ? Je n’ai plus aucune force dans les membres, je suis prisonnier de mon propre corps. Et puis je décide d’aller voir mes frères en Alsace. Ça me fera sûrement du bien. C’est le cas. Sauf le voyage, où je fais des allers et retours permanents dans le train.De toute façon le traitement est trop puissant pour que je puisse me plaindre de quoi que ce soit.

Alors je me bats, je me mets à faire tourner mes bras pour les sentir à nouveau, je marche en continu pour me faire mal aux jambes, sentir qu’elles sont là. Et , un soir, chez un ami, la pire crise de ma vie. J’ai marché et marché, fait le tour de l’appartement des centaines de fois, pris des dizaines de douches pour me calmer. Je me bats, j’aurais raison de cette crise. Elle a duré 12h celle-ci. La pire de ma vie. Mes potes reviennent, le 15, un médecin dans l’appartement, des ambulanciers au bas de l’immeuble. Urgences de Mulhouse. Et là, la crise continue. On me diagnostique un syndrome de Parkinson, dû à mon trop-plein de chimie dans le sang. Putain, j’ai que 30 ans. Bâtard de docteur Benassi. Toi mon loulou tu ne vas pas t’en tirer comme ça. Je m’arrache cette perfusion qui entrave mes mouvements, le sang gicle, c’était beau, j’étais Perceval et ses fameuses gouttes de sang dans la neige. Les médecins n’étaient pas content. Je le savais bien, j’ai fait exprès de me répandre en sang dans le couloir. Ils ont qu’à être plus sympa ces guignols. Ils se moquent de moi, fort, de ma façon de marcher, de parler. Je suis conscient de ce qui m’entoure. Et ça rigole fort en me voyant. Entre temps, piqure dans la jambe. Vous croyez que c’est ça qui va m’arrêter ? Et je me bats de plus belle. Non, un produit n’aura pas raison de ma conscience. Et là, entre autres maltraitances, un ange. Un garçon croisé quelques années plus tôt à Strasbourg, il est devenu médecin. Cela m’impressionne de le voir dans sa blouse blanche, alors que je l’avais connu dans sa petite chambre d’étudiant quand moi-même je l’étais. Ce garçon, Paul Furstenberger, m’a sauvé la vie. Il m’a parlé comme à un humain, a posé sur moi un regard plein de compassion. Il s’est démené pour me faire sortir de ma chambre d’isolement, où j’étais enfermé à crier de tout mon soûl, au milieu des merdes des précédents occupants. Mon souffle se coupe. Et il me sort de là, m’accompagne dehors, me comprends. Un vrai médecin humain. Il m’a sauvé la vie. Puis je suis transféré dans une clinique toute jolie, 3 jours. Des humains aussi, enfin de l’amour. Elles regardent ma participation à l’émission de Faustine Bollaert, me félicitent. Pendant ces 3 jours, où l’on a entre temps radicalement changé mon traitement, je ne suis qu’amour. Je sens, ressent à nouveau. Alors je pars.

Maintenant ça va mieux, je vais dormir.

J’avais besoin de le dire.

Fuck. »

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